Un homme du monde

construction du mur

Je connais depuis longtemps cet homme. Plus qu’un ami, c’est un frère. Le même passé coule dans nos veines, nous avons partagé l’insouciance de l’enfance, les crises du passage à l’âge adulte, la passion des voyages, la peur de la mort. Il est toujours loin, mais jamais vraiment absent et dès que l’occasion se présente, nous nous retrouvons, comme si nous ne nous étions jamais quittés.

C’est une force de la nature, celle-là même dont il est très proche. Depuis ses escapades avec Lyra dans les Royaumes du Nord, il a vécu en Allemagne, en Argentine, au Chili et a voyagé dans bien d’autres pays encore. Toujours en quête de découverte sur le monde qui l’entoure et sur lui-même, il est en constant voyage de long le la perpendiculaire, il descend au centre de la Terre et bondit vers les étoiles. Un balancier alchimique perpétuel qui lui donne la force de vie que je lui connais.

Récemment, il s’est découvert une passion pour la maçonnerie. Opérative, celle du bois et de la glaise. Philanthrope tendance roots, il a participé aujourd’hui à sa première action de construction, prenant part, avec d’autres bonnes âmes comme lui, à la rénovation d’une maison touchée par l’incendie de Valparaiso le mois dernier. Il m’a confié qu’en reconstruisant cette bâtisse, il avait pensé à moi. Ma vie aussi a été ravagée par un incendie, et en faisant cela, il s’est senti proche de moi. Et que quelque part, dans ce décors qui lui semblait celui d’un plateau de cinéma, il participait à mes côtés à cette lente reconstruction. Ce doit être l’une des plus belles choses que l’on ne m’ait jamais dites. Par ces simples mots, il a donné un coup de truelle sur un mur à peine sorti du sol. Dans ses paroles, j’ai entendu Bernard Lavilliers chanter Kipling :

Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie, et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir.
Ou perdre d’un seul coup le gain de cent parties, sans un geste, et sans un soupir.
[...]
Si tu peux aimer tous tes amis en frères
Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi
[...]
Alors, les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un Homme, mon fils.

Le bleu indigo

bleu indigo

J’ai rencontré cet homme. Un vieux sage, ancien haut fonctionnaire de l’État à la retraite et plus dynamique d’un ministre en fonction. Il avait déjà lu, vu et compris des choses qu’il me faudra encore bien des décennies à découvrir. Mais avec toujours la sagesse constante de reconnaître qu’il n’avait couvert d’une partie infinitésimale du savoir humain et qu’il mourrait dans l’ignorance la plus parfaite. En ayant à peine survolé la bibliothèque humaine et sans avoir percé le moindre secret de l’Univers.

Alors que nous terminions un repas digne de grands princes, et qu’il essayait de m’inculquer quelques rudiments de symbolique, il me regarda avec un air sévère et espiègle, et me dit que je comprendrais ce qu’était un symbole et une pensée par analogie lorsque je décrypterais la phrase suivante : « Le bleu extrait de l’indigo est plus bleu que l’indigo »

C’était en 2011, trois années ont passé sans que je lève le voile sur cette mystérieuse sentence.